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mardi 6 août 2019

L’insurrection des Gilets Jaunes n’était pas une parenthèse !

Un mouvement extraordinaire

C’est un mouvement extraordinaire qui a eu lieu cette année en France. Extraordinaire au sens propre, c’est-à-dire qui sort de l’ordinaire aussi bien du fonctionnement habituel que des périodes précédentes de lutte.

Quand on parle de révolte, comme dans le titre de ce débat,  Introduction au débat "Fury on the streets : Yellow vest revolt in France" au festival Marxism à Londres le 7 juillet 2019.on pense généralement à une explosion limitée dans le temps, une éruption de rage. La rage était bien présente mais l’explosion a duré. Dès le début les manifestations du samedi ont été nommées « Actes », comme dans les pièces de théâtre. L’Acte 1 a eu lieu le 17 novembre. Aucune pièce ne s’arrête à l’Acte 1. Et ce samedi (6 juillet) des manifestations constituaient l’Acte 34, soit plus de 7 mois de manifestations tous les samedis sans aucune interruption ! En 6 mois un journal avait déjà recensé près de 50 000 manifestations et rassemblements dans toute la France !

Le mouvement des Gilets Jaunes a été aussi extraordinaire dans sa composition mobilisant des secteurs inattendus de la population dont la grande majorité manifestaient pour la première fois de leur vie, organisés autour de petites villes et de villes moyennes, travailleurs de petites entreprises sans syndicats, retraitéEs, chômeurs, travailleurs précaires ou sans statut avec une proportion inédite de femmes, notamment de mères célibataires ainsi que des membres de ce qu’on pourrait appeler la petite bourgeoisie traditionnelle, artisans, commerçants, chefs de petites entreprises.

Le terme « Acte » nous dit aussi un autre aspect important, l’orientation de ce mouvement vers l’action, bloquant des routes et des ronds-points, tenant des assemblées, occupant des bâtiments. Rapidement les Gilets Jaunes ont appelé à « bloquer l’économie » non pas en bloquant la production par des grèves, nous y reviendrons, mais en tentant de bloquer la circulation des marchandises, blocages de péages, de raffineries, de ports, de centrales d’approvisionnement en marchandises pour les supermarchés…

Ces opérations étaient organisées pendant la semaine sur les lieux d’implantation des Gilets Jaunes tandis que les manifestations du samedi convergeaient dans les métropoles et les grandes villes dont bien sûr Paris. Et, de manière inédite par rapport aux manifestations traditionnelles ces manifestations, non déclarées, avaient lieu dans les quartiers les plus riches qui sont aussi ceux des centres du pouvoir. C’est ainsi qu’à Paris le lieu central et le plus emblématique des manifestations était les Champs Elysées, ses magasins et ses restaurants de luxe mais aussi ses ambassades, ses ministères… et son palais présidentiel. Rapidement la police a défini des zones où les manifestations étaient interdites laissant des cortèges « sauvages » multiples se croiser dans un Paris en partie déserté par les voitures tandis que des affrontements éclataient dans ces zones interdites.

Des épisodes insurrectionnels

Cela a donné lieu à des épisodes insurrectionnels dans tout le pays et notamment dans la capitale. Le 1er décembre des magasins de luxe et des restaurants ont brûlé et été pillés sur la « plus belle avenue du monde ». L’Arc de triomphe, symbole du militarisme français… et de l’image de Paris a été envahi et pillé par des manifestants. Dans une petite ville du centre de la France (Puy-en-Velay) la police a dû se réfugier dans le bâtiment de l’Etat (la préfecture) sous la pression des manifestants qui y ont mis le feu. Il a fallu plusieurs heures pour que des renforts soient envoyés et que la police reprenne le contrôle.

Malgré la campagne hystérique des médias et du pouvoir « contre la violence » cela n’a pas arrêté les manifestations. Le 5 janvier des manifestants ont enfoncé la porte d’un ministère avec un transpalette. Il faut regarder les vidéos sur youtube d’un épisode qui s’est déroulé ailleurs dans Paris le même jour. On y voit une ligne de police lourdement équipée qui repousse des manifestants sur un pont. Soudain comme dans un film de superhéros, un boxeur saute sur le pont et fait reculer toute la ligne de flics mettant finalement KO l’un d’entre eux. Le boxeur a été condamné à un an de prison. Mais en deux jours une collecte spontanée sur internet a collecté 140 000 euros avant que le gouvernement ne la fasse fermer !

Article sur A2C