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jeudi 9 mai 2019

« De moins en moins de monde partage votre vision élitiste de l’exercice du pouvoir et votre capitalisme suranné »

Lettre à Emmanuel Macron
Monsieur le Président
Je vous fais une lettre
Que vous lirez peut-être
Si vous avez le temps….
On peut être un Gitan voyez-vous Monsieur le Président, avoir quelques références culturelles, et citer Boris Vian (Diable ! Il connaîtrait même l’auteur !?).
Votre serviteur, Monsieur le Président, est issu de cette communauté.
Il a grandi dans une caravane, a été éduqué avec amour, respect d’autrui, de soi et des institutions de la République.
Le Gitan que je suis a été scolarisé le plus normalement du monde et a même eu l’outrecuidance d’être bien souvent le premier de sa classe, malgré bien des difficultés d’intégration qui n’étaient pas de son ressort…
.../...

Je m’étais promis de réagir lors de vos derniers écarts de langage, si c’était amené à se reproduire.
Et ça y est, cela vous reprend Monsieur le Président. Vous venez, une fois de plus, d’insulter une grande partie de la population française.
Celle des gens du voyage donc, dont font partie les gitans, qui vous l’ignorez peut-être, représentent environ 500 000 personnes en France.
Vous avez stigmatisé, humilié, ces 500 000 personnes en commentant la vidéo de M. Christophe Dettinger enregistrée peu avant qu’il se livre aux autorités. (Quelle conscience et quelle honnêteté pour un Gitan !)
Il serait donc selon vous, incapable de s’exprimer autrement que par des borborygmes, et dans l’impossibilité d’avoir de lui-même un discours humaniste justifiant ses actes ?

Que sont exactement les mots d’un « boxeur Gitan », Monsieur le Président ?
Au-delà des propos nauséabonds, vous ignorez peut-être que cette communauté entière que vous venez d’insulter, a subi au même titre que la communauté juive durant la seconde guerre mondiale, ce qui s’appelle un génocide :
Le « Porajmos » ou « Samudaripen ». Qui n’est toujours pas reconnu au même titre que l’Holocauste…
Selon les historiens, ce peut être jusqu’à 500 000 personnes qui ont été déportées, internées, décimées, dans les mêmes circonstances que ce qui advint au peuple Juif.
La stigmatisation ne s’arrête pas à cela, puisque avant et après-guerre cette communauté s’est vue entravée dans sa liberté d’aller et venir, dans sa liberté de travailler, de commercer, assignée à visa obligatoire sur leur carnet de déplacement à chacune de leur aller et venue, facilitant par là même aux heures les plus sombres, et avec le concours du régime de Vichy, les actions violentes menées contre eux (internement, stérilisation, extermination, …).
Pour l’anecdote, sachez, Monsieur le Président, que nombre d’entre eux ont combattu, durant la première guerre mondiale, notamment aux côtés de leurs concitoyens. Car oui, ce sont bien des citoyens français, et en aucun cas des citoyens de seconde zone.
On les a envoyés en première ligne très souvent, car on reconnaissait aux hommes de cette communauté un sens aigu de la liberté, un courage hors norme et une absence de peur qui fut fort utile à la Nation, lorsqu’il fallut user de chair à canon pour monter en première ligne de front afin de défendre notre Mère Patrie.

Tout cela pour sauver notre démocratie.
Tout cela pour rester libre.
Tout cela pour qu’un jeune homme comme vous puisse, un jour, recueillir 24,01% de voix lors d’un premier tour de scrutin présidentiel. En vous exprimant comme vous l’avez fait, vous vous êtes rendu coupable de racisme et de discrimination.
Vos petites phrases, comme vous les appelez, portent atteinte à la fonction que vous êtes censé incarner.

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